Cela fait un moment que je ne vous ai pas donné de nouvelles de Colette Vivier.
L’autre jour, je m’interrogeais : était-elle personne à vouvoyer ou à tutoyer ? Par chance, sa nièce Catherine a la patience de répondre à toutes ces petites questions qui se mettent en travers de mon chemin. Oui, me répond-elle, il fallait devenir amis pour se tutoyer ou … être communistes. Les communistes adhérents se tutoient tous entre eux. Quant aux enfants qui vouvoient leurs parents, cela existait dans des familles nobles, ou de la haute bourgeoisie, ou chez les originaux !
Voilà, je peux reprendre ma route, raconter le travail de cette écrivaine qui m’est chère. Comme j’en suis à dépouiller la presse communiste pour laquelle elle a écrit plusieurs textes brefs dans les années 1930, j’imagine le tutoiement…
Au détour d’un de ces textes, la timide Paulette doit inventer une histoire à partir du mot fourchette. Pas facile. Elle se lance : « Une pauvre fourchette vivait heureuse avec son pauvre mari le couteau. » Tintin, qui n’a pas la langue dans la poche, la contredit. « S’ils étaient heureux, il n’étaient pas pauvres ». Cela me bouleverse. En deux lignes, tout Colette Vivier est là : les enfants entre eux et l’humanité toute entière. Nous sommes le 29 septembre 1938, il lui reste à peine quelques jours avant de boucler son texte pour le concours d’écriture lancé par les éditions Bourrelier. Le Journal d’Aline, future Maison des petits bonheurs.