« Toutes les époques sont dégueulasses »

J’aime la finesse d’analyse de Laure Murat, sa capacité à prendre les sujets complexes avec calme et intelligence. Toutes les époques sont dégueulasses, son dernier essai paru chez Verdier, est particulièrement éclairant. Fallait-il se satisfaire du nouveau titre de Dix petits nègres, d’Agatha Christie, ou s’en offusquer ? Ni l’un ni l’autre nous conseille-t-elle, préférant poser autrement la question, séparant ce qui est « récriture » (petit nettoyage de façade pour satisfaire les nouvelles attentes du marché) de « réécriture » (création d’une nouvelle œuvre par un nouveau créateur). Un auteur raciste des années 1930 ne sera jamais qu’un auteur raciste des années 1930 et James Bond ne sera jamais un féministe patenté. Soixante-quinze pages intelligentes et voilà que tout s’éclaire ! Merci Madame.

Laure Murat, Toutes les époques sont dégueulasses, éditions Verdier, 2025.

Je ne suis pas une intelligence artificielle

Je lis vos textes avec mes yeux, ma tête, mon histoire, mon métier. Cela me prend du temps et cela vous demande de la patience. Je me creuse la cervelle pour trouver les mots justes qui vous aideront à avancer, craignant toujours de blesser tant je sais que, si écrire est difficile, être lu l’est tout autant, plus parfois. Sans céder pourtant à la sincérité sans quoi l’exercice serait de peu d’intérêt. En retour, je reçois des mots pleins de gentillesse et cela me touche à un point que vous n’imaginez pas. Une fois, une seule fois, un auteur ne m’a fait aucun retour sur mon travail. Silence. Cela m’a attristée. Voilà donc à quoi ressemble mon petit algorithme personnel qui, au-delà de la technicité de ce travail de coach littéraire et éditorial, convoque les mots de l’émotion, de l’empathie, de la bienveillance. Une IA générative n’a peut-être pas ce vocabulaire à sa disposition et cela lui fait gagner du temps. Moi j’aime le temps que ce vocabulaire me fait perdre.

Autobiographier sa maison

156 rue Oberkampf, autobiographie d'un immeuble, couverture

Depuis plusieurs mois, j’accompagnais Micheline Bernard dans une jolie entreprise : raconter l’histoire de son immeuble parisien, 156 rue Oberkampf (11ème arrondissement). Je l’ai rejointe dans son projet à la fin de ses recherches, patientes et fructueuses, une première version posée. Il n’était plus question que d’ordonner ce propos, structurer son sommaire, l’alléger de ce qui ne lui était pas indispensable.

Nous avons bientôt été rejointes par Pierre Gay (https://www.linkedin.com/company/studio-pierre-gay/), graphiste-éditeur efficace et talentueux. Désormais, la passion de Micheline Bernard pour l’histoire de son Paris populaire est un livre que vous pouvez trouver dans les librairies du 11ème arrondissement (Les nouveautés, Les guetteurs de vent, Libre ère…). J’ai adoré faire ça : trouver la bonne dimension pour un projet unique, modeste et intelligent, en bonne compagnie, ce qui ajoute au plaisir de l’aventure.

Micheline Bernard
156 rue Oberkampf, autobiographie d’un immeuble
éditions Pierre Gay, avril 2025, 15€.

Le roman de l’intelligence artificielle

Récemment, j’ai eu la chance d’accompagner ce roman à la demande de son auteur, Christophe Cousin. Passionnant de se projeter en 2087, dans un futur réglé par une programmation informatique qui quadrille nos vies, dictature propre épargnée aux puissants et à quelques rebelles, façon Farenheit 451 (Ray Bradbury), les Epsilons. Partageur de ses connaissances sur le sujet, Christophe Cousin associe son travail de romancier à un site richement documenté, epsilon.fr. Une belle matière à réflexion, garantie 100% humaine ! A lire et à explorer.

Epsilons, la fin de la souveraineté humaine, éditions Librinova, 18,90 €

« Ne jamais chercher à faire joli »

« J’ai compris la nécessité des mots concrets, des phrases courtes, des détails vrais, pas trop nombreux, mais qui puissent frapper et faire voir. L’enfant est avide de ces précisions. S’il y a un goûter, il faut qu’il sache ce qui le compose, afin d’en arriver à se dire : « Comme je voudrais être avec eux et manger de leur gâteau ! » Si l’héroïne cueille une fleur, il faut qu’on sache quelle fleur elle cueille, et si le héros travaille sagement chez lui à ses devoirs de classe, il faut qu’on sache dans quelle pièce il se trouve et de quelle couleur est son cahier. Ne jamais « filer » une phrase. Ne jamais chercher à faire joli. »

Colette Vivier à Isabelle Jan, 1969. Pour ceux et celles qui se promènent par ici et se demandent pourquoi la modernité de Colette Vivier m’impressionne autant…

Colette Vivier, autrice invisible

« Faire l’histoire des femmes, c’est contribuer à sortir les femmes des silences de leur histoire. » Cette belle phrase de Michelle Perrot m’a semblé être une bonne façon de commencer le récit sur la vie et l’œuvre de Colette Vivier (1898-1979). Je l’ai trouvée – grâce à Dominique Missika, autrice de Résistantes 1940-1944 – alors que mon texte arrivait à son terme. Les mots du début, souvent, sont plus faciles à choisir quand on est parvenu à la fin du périple. Cordonnière mal chaussée, à mon tour de partir en quête d’un éditeur ou d’une éditrice, avec le même trac et la même impatience que tous les auteurs et autrices auxquelles je conseille d’aborder cette étape avec patience et philosophie. A suivre !
 

L’IA et nous : soyons imprévisibles !

Vous connaissez sans doute Alain Damasio, grand écrivain de science-fiction. Vous connaissez peut-être aussi Xavier de La Porte, formidable journaliste qui explore les nouvelles technologies et ce qu’elles nous font. Ces deux-là, forcément, se passionnent pour l’intelligence artificielle et quand ils en parlent ensemble, cela questionne l’avenir de la littérature. C’est un des podcasts de la géniale série Le Code a changé (France Inter). Il est par ici :

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/le-code-a-change-10-2598031

A écouter jusqu’au bout pour conclure que plus un écrivain est imprévisible et moins l’IA pourra le remplacer !

Tout Colette Vivier dans une fourchette…

Cela fait un moment que je ne vous ai pas donné de nouvelles de Colette Vivier.

L’autre jour, je m’interrogeais : était-elle personne à vouvoyer ou à tutoyer ? Par chance, sa nièce Catherine a la patience de répondre à toutes ces petites questions qui se mettent en travers de mon chemin. Oui, me répond-elle, il fallait devenir amis pour se tutoyer ou … être communistes. Les communistes adhérents se tutoient tous entre eux. Quant aux enfants qui vouvoient leurs parents, cela existait dans des familles nobles, ou de la haute bourgeoisie, ou chez les originaux !

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Les classiques de la littérature jeunesse

Une belle initiative du CNL que cette plongée dans les classiques de la littérature jeunesse. Raphaëlle Botte et Sophie Van der Linden ont fait là un joli travail et le racontent sur un webinaire disponible sur le site du CNL. Et devinez quoi ? On y retrouve La Maison des petits de Bonheurs de ma chère Colette Vivier !

https://centrenationaldulivre.fr/actualites/100-classiques-et-merveilles-pour-la-jeunesse-une-bibliographie-d-incontournables-0

Masculin/féminin : « Ensemble nous cherchons »

Vous aurez peut-être remarqué que ce blog fait son possible pour mettre à égalité masculin et féminin. Ce n’est pas toujours facile mais c’est un choix. Je l’ai fait après discussion avec mes filles, car je pense fondamentalement que les plus jeunes que moi, me montrant des chemins nouveaux, me permettent de réfléchir et d’évoluer. Nous sommes dans une période de mue, par définition inconfortable, mais quand nous en sortirons, notre coquille sera plus grande. Après des années à voir mes « autrice » soulignés d’un petit pointillé rouge accusateur par mon correcteur automatique (et à l’envoyer bouillir), je m’aperçois que ce mot a enfin retrouvé sa place perdue dans notre langue autorisée. Donc, l’usage plus que la loi fait avancer. A ce sujet, j’ai recopié ici la parfaite tribune de Julie Neveux, maîtresse de conférences en linguistique, membre du collectif des linguistes atterré.es (tiens, revoilà le petit souligné rouge accusateur, qu’il aille au diable). Elle me pardonnera, je l’espère, de tordre son droit d’autrice mais, au lendemain de l’inauguration de la Cité de la langue française de Villers-Cotterêts et du discours de son nouveau roi, c’était indispensable ! Bonne lecture

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