« Toutes les époques sont dégueulasses »

J’aime la finesse d’analyse de Laure Murat, sa capacité à prendre les sujets complexes avec calme et intelligence. Toutes les époques sont dégueulasses, son dernier essai paru chez Verdier, est particulièrement éclairant. Fallait-il se satisfaire du nouveau titre de Dix petits nègres, d’Agatha Christie, ou s’en offusquer ? Ni l’un ni l’autre nous conseille-t-elle, préférant poser autrement la question, séparant ce qui est « récriture » (petit nettoyage de façade pour satisfaire les nouvelles attentes du marché) de « réécriture » (création d’une nouvelle œuvre par un nouveau créateur). Un auteur raciste des années 1930 ne sera jamais qu’un auteur raciste des années 1930 et James Bond ne sera jamais un féministe patenté. Soixante-quinze pages intelligentes et voilà que tout s’éclaire ! Merci Madame.

Laure Murat, Toutes les époques sont dégueulasses, éditions Verdier, 2025.

Le roman de l’intelligence artificielle

Récemment, j’ai eu la chance d’accompagner ce roman à la demande de son auteur, Christophe Cousin. Passionnant de se projeter en 2087, dans un futur réglé par une programmation informatique qui quadrille nos vies, dictature propre épargnée aux puissants et à quelques rebelles, façon Farenheit 451 (Ray Bradbury), les Epsilons. Partageur de ses connaissances sur le sujet, Christophe Cousin associe son travail de romancier à un site richement documenté, epsilon.fr. Une belle matière à réflexion, garantie 100% humaine ! A lire et à explorer.

Epsilons, la fin de la souveraineté humaine, éditions Librinova, 18,90 €

« Ne jamais chercher à faire joli »

« J’ai compris la nécessité des mots concrets, des phrases courtes, des détails vrais, pas trop nombreux, mais qui puissent frapper et faire voir. L’enfant est avide de ces précisions. S’il y a un goûter, il faut qu’il sache ce qui le compose, afin d’en arriver à se dire : « Comme je voudrais être avec eux et manger de leur gâteau ! » Si l’héroïne cueille une fleur, il faut qu’on sache quelle fleur elle cueille, et si le héros travaille sagement chez lui à ses devoirs de classe, il faut qu’on sache dans quelle pièce il se trouve et de quelle couleur est son cahier. Ne jamais « filer » une phrase. Ne jamais chercher à faire joli. »

Colette Vivier à Isabelle Jan, 1969. Pour ceux et celles qui se promènent par ici et se demandent pourquoi la modernité de Colette Vivier m’impressionne autant…

L’IA et nous : soyons imprévisibles !

Vous connaissez sans doute Alain Damasio, grand écrivain de science-fiction. Vous connaissez peut-être aussi Xavier de La Porte, formidable journaliste qui explore les nouvelles technologies et ce qu’elles nous font. Ces deux-là, forcément, se passionnent pour l’intelligence artificielle et quand ils en parlent ensemble, cela questionne l’avenir de la littérature. C’est un des podcasts de la géniale série Le Code a changé (France Inter). Il est par ici :

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/le-code-a-change-10-2598031

A écouter jusqu’au bout pour conclure que plus un écrivain est imprévisible et moins l’IA pourra le remplacer !

Les classiques de la littérature jeunesse

Une belle initiative du CNL que cette plongée dans les classiques de la littérature jeunesse. Raphaëlle Botte et Sophie Van der Linden ont fait là un joli travail et le racontent sur un webinaire disponible sur le site du CNL. Et devinez quoi ? On y retrouve La Maison des petits de Bonheurs de ma chère Colette Vivier !

https://centrenationaldulivre.fr/actualites/100-classiques-et-merveilles-pour-la-jeunesse-une-bibliographie-d-incontournables-0

Masculin/féminin : « Ensemble nous cherchons »

Vous aurez peut-être remarqué que ce blog fait son possible pour mettre à égalité masculin et féminin. Ce n’est pas toujours facile mais c’est un choix. Je l’ai fait après discussion avec mes filles, car je pense fondamentalement que les plus jeunes que moi, me montrant des chemins nouveaux, me permettent de réfléchir et d’évoluer. Nous sommes dans une période de mue, par définition inconfortable, mais quand nous en sortirons, notre coquille sera plus grande. Après des années à voir mes « autrice » soulignés d’un petit pointillé rouge accusateur par mon correcteur automatique (et à l’envoyer bouillir), je m’aperçois que ce mot a enfin retrouvé sa place perdue dans notre langue autorisée. Donc, l’usage plus que la loi fait avancer. A ce sujet, j’ai recopié ici la parfaite tribune de Julie Neveux, maîtresse de conférences en linguistique, membre du collectif des linguistes atterré.es (tiens, revoilà le petit souligné rouge accusateur, qu’il aille au diable). Elle me pardonnera, je l’espère, de tordre son droit d’autrice mais, au lendemain de l’inauguration de la Cité de la langue française de Villers-Cotterêts et du discours de son nouveau roi, c’était indispensable ! Bonne lecture

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Une lecture éditoriale, qu’est-ce que c’est ?

Une lecture éditoriale est une lecture particulière. Elle prend en main un texte fini mais qui peut encore être amendé, retravaillé. L’œil éditorial est à la recherche de ce qui fait projet propre à trouver place dans un programme éditorial. Le sien quand on est soi-même éditeur ou éditrice, celui de la maison pour laquelle on travaille si on est lecteur ou lectrice professionnel.le.

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Ecrire comme une abeille

Clémentine Beauvais est une voix qui compte dans la littérature jeunesse. A la fois écrivaine (ah, ses petites reines !) et universitaire, la jeune autrice offre ici un livre-atelier intelligent et joyeux à tous ceux et toutes celles qui ont pour projet d’écrire. Pas de recettes magiques, mais une brillante exploration de la littérature comme elle se lit, comme elle se fait, comme elle se rate, comme elle se réussit, comme elle se dispute. In-dis-pen-sa-ble !

Clémentine Beauvais, Ecrire comme une abeille : la littérature jeunesse de la lecture à l’écriture, Gallimard Jeunesse, 27,90 €

« Un personnage n’est pas une personne »

Charles Dantzig est écrivain et il exerce le métier de critique littéraire au sens universitaire du terme, façon David Lodge en somme. Par chance, il prend aussi le temps de parler sur les ondes de France Culture. En 2017, il ouvrait un nouveau cycle consacré aux personnages : Personnages en personnes. En introduction, sa définition du personnage littéraire et c’est passionnant.

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