« Ne jamais chercher à faire joli »

« J’ai compris la nécessité des mots concrets, des phrases courtes, des détails vrais, pas trop nombreux, mais qui puissent frapper et faire voir. L’enfant est avide de ces précisions. S’il y a un goûter, il faut qu’il sache ce qui le compose, afin d’en arriver à se dire : « Comme je voudrais être avec eux et manger de leur gâteau ! » Si l’héroïne cueille une fleur, il faut qu’on sache quelle fleur elle cueille, et si le héros travaille sagement chez lui à ses devoirs de classe, il faut qu’on sache dans quelle pièce il se trouve et de quelle couleur est son cahier. Ne jamais « filer » une phrase. Ne jamais chercher à faire joli. »

Colette Vivier à Isabelle Jan, 1969. Pour ceux et celles qui se promènent par ici et se demandent pourquoi la modernité de Colette Vivier m’impressionne autant…

Colette Vivier, autrice invisible

« Faire l’histoire des femmes, c’est contribuer à sortir les femmes des silences de leur histoire. » Cette belle phrase de Michelle Perrot m’a semblé être une bonne façon de commencer le récit sur la vie et l’œuvre de Colette Vivier (1898-1979). Je l’ai trouvée – grâce à Dominique Missika, autrice de Résistantes 1940-1944 – alors que mon texte arrivait à son terme. Les mots du début, souvent, sont plus faciles à choisir quand on est parvenu à la fin du périple. Cordonnière mal chaussée, à mon tour de partir en quête d’un éditeur ou d’une éditrice, avec le même trac et la même impatience que tous les auteurs et autrices auxquelles je conseille d’aborder cette étape avec patience et philosophie. A suivre !
 

Tout Colette Vivier dans une fourchette…

Cela fait un moment que je ne vous ai pas donné de nouvelles de Colette Vivier.

L’autre jour, je m’interrogeais : était-elle personne à vouvoyer ou à tutoyer ? Par chance, sa nièce Catherine a la patience de répondre à toutes ces petites questions qui se mettent en travers de mon chemin. Oui, me répond-elle, il fallait devenir amis pour se tutoyer ou … être communistes. Les communistes adhérents se tutoient tous entre eux. Quant aux enfants qui vouvoient leurs parents, cela existait dans des familles nobles, ou de la haute bourgeoisie, ou chez les originaux !

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Colette Vivier, « épouse assistée et autorisée de son mari »

Je vous ai déjà parlé de cette autrice formidable à qui nous devons La Maison des petits bonheurs (1939, Prix Jeunesse), La Rue des Quatre-Vents (1946), La Porte ouverte (1955)… Des romans éblouissants de modernité que j’ai eu la chance de pouvoir rééditer chez Casterman. Sous ses allures de petite femme discrète, elle révolutionna l’écriture pour la jeunesse.

Quand en 1932, elle signa un de ses premiers contrats d’auteur (n’imaginez pas que le mot autrice avait cours alors), le contrat est au nom de « Madame J. Duval, épouse assistée et autorisée de son mari Jean Duval ».

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