Je lis vos textes avec mes yeux, ma tête, mon histoire, mon métier. Cela me prend du temps et cela vous demande de la patience. Je me creuse la cervelle pour trouver les mots justes qui vous aideront à avancer, craignant toujours de blesser tant je sais que, si écrire est difficile, être lu l’est tout autant, plus parfois. Sans céder pourtant à la sincérité sans quoi l’exercice serait de peu d’intérêt. En retour, je reçois des mots pleins de gentillesse et cela me touche à un point que vous n’imaginez pas. Une fois, une seule fois, un auteur ne m’a fait aucun retour sur mon travail. Silence. Cela m’a attristée. Voilà donc à quoi ressemble mon petit algorithme personnel qui, au-delà de la technicité de ce travail de coach littéraire et éditorial, convoque les mots de l’émotion, de l’empathie, de la bienveillance. Une IA générative n’a peut-être pas ce vocabulaire à sa disposition et cela lui fait gagner du temps. Moi j’aime le temps que ce vocabulaire me fait perdre.
Catégorie : Bazar
Colette Vivier, autrice invisible
« Faire l’histoire des femmes, c’est contribuer à sortir les femmes des silences de leur histoire. » Cette belle phrase de Michelle Perrot m’a semblé être une bonne façon de commencer le récit sur la vie et l’œuvre de Colette Vivier (1898-1979). Je l’ai trouvée – grâce à Dominique Missika, autrice de Résistantes 1940-1944 – alors que mon texte arrivait à son terme. Les mots du début, souvent, sont plus faciles à choisir quand on est parvenu à la fin du périple. Cordonnière mal chaussée, à mon tour de partir en quête d’un éditeur ou d’une éditrice, avec le même trac et la même impatience que tous les auteurs et autrices auxquelles je conseille d’aborder cette étape avec patience et philosophie. A suivre !
Tout Colette Vivier dans une fourchette…
Cela fait un moment que je ne vous ai pas donné de nouvelles de Colette Vivier.
L’autre jour, je m’interrogeais : était-elle personne à vouvoyer ou à tutoyer ? Par chance, sa nièce Catherine a la patience de répondre à toutes ces petites questions qui se mettent en travers de mon chemin. Oui, me répond-elle, il fallait devenir amis pour se tutoyer ou … être communistes. Les communistes adhérents se tutoient tous entre eux. Quant aux enfants qui vouvoient leurs parents, cela existait dans des familles nobles, ou de la haute bourgeoisie, ou chez les originaux !
Lire la suite « Tout Colette Vivier dans une fourchette… »Masculin/féminin : « Ensemble nous cherchons »
Vous aurez peut-être remarqué que ce blog fait son possible pour mettre à égalité masculin et féminin. Ce n’est pas toujours facile mais c’est un choix. Je l’ai fait après discussion avec mes filles, car je pense fondamentalement que les plus jeunes que moi, me montrant des chemins nouveaux, me permettent de réfléchir et d’évoluer. Nous sommes dans une période de mue, par définition inconfortable, mais quand nous en sortirons, notre coquille sera plus grande. Après des années à voir mes « autrice » soulignés d’un petit pointillé rouge accusateur par mon correcteur automatique (et à l’envoyer bouillir), je m’aperçois que ce mot a enfin retrouvé sa place perdue dans notre langue autorisée. Donc, l’usage plus que la loi fait avancer. A ce sujet, j’ai recopié ici la parfaite tribune de Julie Neveux, maîtresse de conférences en linguistique, membre du collectif des linguistes atterré.es (tiens, revoilà le petit souligné rouge accusateur, qu’il aille au diable). Elle me pardonnera, je l’espère, de tordre son droit d’autrice mais, au lendemain de l’inauguration de la Cité de la langue française de Villers-Cotterêts et du discours de son nouveau roi, c’était indispensable ! Bonne lecture
Lire la suite « Masculin/féminin : « Ensemble nous cherchons » »Colette Vivier, « épouse assistée et autorisée de son mari »
Je vous ai déjà parlé de cette autrice formidable à qui nous devons La Maison des petits bonheurs (1939, Prix Jeunesse), La Rue des Quatre-Vents (1946), La Porte ouverte (1955)… Des romans éblouissants de modernité que j’ai eu la chance de pouvoir rééditer chez Casterman. Sous ses allures de petite femme discrète, elle révolutionna l’écriture pour la jeunesse.
Quand en 1932, elle signa un de ses premiers contrats d’auteur (n’imaginez pas que le mot autrice avait cours alors), le contrat est au nom de « Madame J. Duval, épouse assistée et autorisée de son mari Jean Duval ».
Lire la suite « Colette Vivier, « épouse assistée et autorisée de son mari » »Retour de Bologne

Invitée à la Foire de Bologne pour un hommage à Pierre Marchand, j’ai retrouvé avec plaisir les allées de la foire internationale qui fêtait cette année sa soixantième édition.
Lire la suite « Retour de Bologne »Le voilà !
Gallimard jeunesse a 50 ans !

Créé en 1972, Gallimard jeunesse est un acteur majeur de la littérature jeunesse. Cette évidence a cinquante ans et ne fut pas une mince affaire. Je viens de passer dix-huit mois à mettre au jour cette histoire, à en interviewer les témoins, à en ressortir les livres parfois poussiéreux, à lire et relire (y compris mon vieux mémoire sur la collection Enfantimages1, avec ses graphiques au Rotring sur papier millimétré dont la colle blanche ne tient plus, c’est vous dire).
Lire la suite « Gallimard jeunesse a 50 ans ! »De la désuétude…
« Désuétude : n. f. abandon d’une chose par le défaut de pratique ou d’application »
Comme l’oubli pour la mémoire, la désuétude est un instrument salvateur que nous avons heureusement à notre disposition. Au fil des années, avec les meilleures intentions du monde, j’ai publié des livres qui, regardés aujourd’hui, me semblent dépassés, impossibles pour certains, blessants pour certain.e.s à qui je ne pensais pas suffisamment alors. Aujourd’hui, je ne les publierais pas, ou pas comme ça, et on pourra m’en faire à juste titre le reproche.
Lire la suite « De la désuétude… »We too…
En ce moment, je fais un travail de rétrospection sur un demi-siècle d’édition. Beaucoup d’interviews, beaucoup d’enthousiasme, des regards attendris sur le passé, beaucoup de femmes… Un petit air trotte dans nos têtes à toutes : aujourd’hui, beaucoup de ce que nous avons supporté sans penser que c’était insupportable ne passerait plus. Les jeunes générations ont raison de secouer leurs métiers et ces colères sont fécondes.
Lire la suite « We too… »